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Raton laveur en France : y en a-t-il vraiment ?

Trois populations installées, aucun effectif national jamais publié, et 206 animaux piégés en Gironde entre juin 2023 et juin 2024. Où vit le raton laveur en France, ce que ses crottes portent, et pourquoi le ramasser est interdit.

Par Marion Delahaye Publié le 25 août 2026 5 min de lecture

Un raton laveur de face au bord d’un fossé, masque facial noir et queue annelée visible
Procyon lotorKate Perez, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Y a-t-il vraiment des ratons laveurs en France, et dans quels départements ?

La patte antérieure s’imprime à plat dans la vase, cinq doigts longs et écartés comme une main d’enfant : oui, le raton laveur (Procyon lotor) vit en liberté en France, et trois populations y sont installées.

La première date de 1966, dans l’Aisne, à partir de mascottes des troupes de l’OTAN échappées ou lâchées. Elle déborde depuis sur l’Oise, la Marne, les Ardennes et l’Île-de-France, et elle a rejoint la population allemande par la Meuse et la Belgique.

FoyerInstallé depuisCe qu’il couvre
Aisne et nord-est1966626 communes depuis 2000, aire triplée entre 1999 et 2013
Val d’Allierreproduction confirmée à partir de 2007118 communes, 2 400 km²
Girondepremier animal signalé en août 2007vallée de la Garonne, autour de Cadaujac

Ailleurs, les observations sont isolées : un piège photographique du parc naturel régional du Luberon fin 2023, une caméra de surveillance dans la réserve naturelle régionale de Jujols, dans les Pyrénées-Orientales, le 22 août 2025. Ces animaux-là sortent d’un enclos ou d’un salon, pas d’un front de colonisation.

Combien de ratons laveurs vivent en France ?

Aucun effectif national n’a jamais été publié. Les « milliers » des titres de presse ne sortent d’aucun comptage.

Ce qui existe, ce sont des prélèvements : des animaux piégés ou tirés, comptés un par un. L’enquête nationale de 2014 en dénombrait plus de 1 500 par an pour l’Aisne, l’Oise, la Marne et les Ardennes réunies. En Gironde, les captures sont passées de moins de dix par an jusqu’en 2012 à 91 pour la saison 2016-2017.

206ratons laveurs piégés en Gironde entre juin 2023 et juin 2024, contre moins de dix par an avant 2012

Un prélèvement mesure deux choses : l’animal, et le nombre de piégeurs qui le cherchent. Il monte quand la population monte. Il monte aussi quand une association s’organise.

La seule mesure fine porte sur l’espace. Vingt-trois ratons laveurs suivis au collier GPS entre 2017 et 2022 ont donné un domaine vital moyen de 77 hectares en Gironde, 169 dans la Montagne de Reims et 393 dans la vallée de l’Aisne, de 72 à 675 hectares selon l’individu sur ce dernier site. Convertir des captures en effectif suppose une densité. Elle n’est pas connue.

Le raton laveur est-il dangereux ?

Le danger documenté tient à un parasite de ses excréments. Il mord si on l’attrape, comme tout carnivore.

L’espèce héberge un nématode absent de nos carnivores, Baylisascaris procyonis. Les œufs partent dans les crottes, tiennent longtemps dans le sol et infectent plus de quatre-vingt-dix espèces, l’homme compris. La baylisascariose humaine reste rare et laisse des séquelles neurologiques lourdes.

En France, le parasite a été détecté au nord de la Meurthe-et-Moselle et en Auvergne. Les animaux analysés dans les Ardennes, la Marne, la Meuse et la Gironde n’en portaient pas. Ce résultat vaut pour les lots examinés, pas pour ces départements.

La latrine, un indice de présence

Le raton laveur défèque au même endroit, souvent en hauteur : souche, grosse branche, faîtage. Les crottes s’accumulent, sombres, chargées de noyaux et de maïs. Ce tas se reconnaît de loin et se laisse en place.

Les dégâts, eux, se constatent. Le maïs est l’aliment le plus fréquent des estomacs analysés dans les Ardennes et la Marne, un sur trois. Viennent les arbres fruitiers et les poulaillers. Aucune étude française n’a encore mesuré son effet sur les espèces locales.

Que faire quand on croise un raton laveur ?

On le photographie, on le signale. Le ramasser, le garder ou le relâcher ailleurs sont trois infractions.

Une vérification d’abord : le chien viverrin porte le même masque sombre, et c’est la confusion courante.

Raton laveur ou chien viverrin ?



Depuis le 3 août 2016, l’espèce figure sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes. L’arrêté du 14 février 2018 en interdit la détention, le transport, la vente et le lâcher dans la nature. Un particulier qui en détenait un avant cette date pouvait le garder, à condition de s’être déclaré en préfecture avant le 1er juillet 2019. Ce guichet est clos.

L’arrêté du 2 septembre 2016 le classe parmi les six espèces non indigènes susceptibles d’occasionner des dégâts sur tout le territoire métropolitain, avec le ragondin et le rat musqué. Il est piégeable toute l’année et en tout lieu, par un piégeur agréé.

Ce qui sert : une photo, la commune, la date, envoyées au service départemental de l’Office français de la biodiversité ou à la fédération des chasseurs.

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