En France

Loup en France : y en a-t-il vraiment ?

1 082 loups en moyenne, entre 989 et 1 187 : l’effectif du loup en France sort d’un modèle statistique nourri à l’ADN, pas d’un comptage à vue. Ce que ce chiffre recouvre, les 61 départements où des dommages ont été constatés en 2025, et le plafond de tirs qu’il commande.

Par Marion Delahaye Publié le 11 août 2026 5 min de lecture

Un loup gris de profil sur une pente enneigée, pelage d’hiver épais et masque facial clair
Canis lupusBobby McCabe, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Combien de loups vivent en France, et qui les compte ?

1 082 individus en moyenne, dans un intervalle de 989 à 1 187 : c’est l’estimation de l’Office français de la biodiversité à la fin de l’hiver 2024-2025.

Le loup gris (Canis lupus) ne fait pas partie des espèces que je compte. En seize ans de terrain, je n’ai validé aucun indice de sa présence, et ça ne changera pas. Ce que je sais faire, c’est ouvrir la méthode qui produit un effectif.

Personne ne compte les loups de France un par un. Du 1er novembre 2023 au 31 mars 2024, le réseau Loup-lynx a identifié 576 individus différents par leur ADN, sur des crottes, des poils, de l’urine et des cadavres ramassés sur le terrain. Ces génotypes alimentent un modèle de capture-marquage-recapture qui reconstitue la population entière : 1 013 en moyenne cet hiver-là, entre 920 et 1 125. L’hiver suivant, 2 300 données génétiques ont porté la moyenne à 1 082.

Un chiffre compté, 576. Un chiffre estimé, 1 082. C’est le second qui circule.

Dans quels départements le loup est-il présent ?

Soixante et un départements ont enregistré au moins un constat de dommage attribué au loup en 2025, des Alpes-Maritimes au Finistère. Six en portent 60 % à eux seuls : Alpes-Maritimes (718 constats), Alpes-de-Haute-Provence (537), Savoie (422), Hautes-Alpes (355), Var (320), Isère (281).

Cette carte est celle des troupeaux, pas celle des loups.

Un constat suppose un élevage, une attaque, un éleveur qui la signale sous 72 heures et un agent qui se déplace. Là où il n’y a ni brebis ni déclarant, le compteur reste à zéro sans que la présence de l’animal soit en cause.

Les écarts d’une année sur l’autre valent mieux que le total. La Haute-Marne est passée de 17 constats en 2024 à 189 en 2025. La Nièvre, de 58 à 115, pour un nombre de victimes presque inchangé, 466 puis 463 : deux fois plus de dossiers, les mêmes bêtes mortes.

Ce qui a été constaté en 2025, département par département


Que se passe-t-il quand un loup attaque un troupeau ?

Un constat sur place, puis une indemnisation dès lors que la responsabilité du loup n’est pas écartée. L’éleveur a 72 heures pour signaler l’attaque, l’expertise revient à l’OFB, la décision à la direction départementale des territoires. Le doute profite à l’éleveur : une mortalité d’origine indéterminée, dans un contexte local de prédation, est indemnisée bête par bête, avec un forfait pour les pertes indirectes.

En 2025, 4 386 constats ont été dressés pour 12 495 animaux victimes, des brebis surtout, contre 4 054 dossiers et 11 242 victimes indemnisés en 2024. La comparaison boite : 7,09 % de ces constats attendaient encore leur instruction quand le bilan a été arrêté.

Le loup reste protégé, et sa destruction interdite hors des conditions fixées par l’arrêté du 23 février 2026. Les tirs dérogatoires butent sur un plafond calculé en pourcentage de l’effectif estimé l’année d’avant : 227 loups pour 2026, soit 21 % de 1 082, après 192 en 2025, soit 19 % de 1 013, pour 190 animaux réellement détruits.

L’estimation est donc la variable d’entrée d’un calcul réglementaire. Quand elle monte, le plafond monte avec elle.