Huit cents à mille cinq cents grammes pour un grand corbeau, quatre cents à six cents pour une corneille noire. Corvus corax mesure 54 à 67 cm pour 115 à 130 cm d’envergure, Corvus corone 44 à 51 cm pour 93 à 104 cm. Deux oiseaux séparés par un tel écart ne se confondent pas une seconde quand on les tient côte à côte. On ne les tient jamais côte à côte.
Le grand corbeau occupe les falaises, les gorges, les carrières et les côtes rocheuses ; sa répartition française s’arrête au sud d’une ligne Bayonne-Reims, Bretagne et Cotentin exceptés. Ailleurs, sur un toit, un lampadaire, un stade, un labour, un bord d’autoroute, l’oiseau noir est une corneille noire ou un corbeau freux. En plaine, la différence entre un corbeau et une corneille oppose donc la corneille noire au corbeau freux.
Le freux porte bien le nom de corbeau. Il n’est pas le grand corbeau, et c’est là que la confusion se loge.
| Grand corbeau | Corneille noire | Corbeau freux | |
|---|---|---|---|
| Nom scientifique | Corvus corax | Corvus corone | Corvus frugilegus |
| Longueur | 54 à 67 cm | 44 à 51 cm | 41 à 49 cm |
| Envergure | 115 à 130 cm | 93 à 104 cm | 81 à 94 cm |
| Poids | 800 à 1 500 g | 400 à 600 g | 460 à 520 g |
| Queue déployée en vol | en losange | carrée | arrondie |
| Base du bec, adulte | emplumée, soies noires | emplumée | peau nue blanchâtre |
| Vol plané | courant | rare | occasionnel |
| Nidification | un couple, sur une paroi | un couple, un nid par arbre | colonie, plusieurs nids par arbre |
| Statut | protégé | chassable | chassable |
Le bec du grand corbeau est noir, pas gris. Le bec gris qu’on lit partout vient du corbeau freux, chez qui il s’agit de peau nue et non du bec lui-même. Les reflets ne trient rien non plus : bleu-vert chez la corneille noire, violet rougeâtre chez le freux, bleu-violet chez le grand corbeau. Les trois plumages brillent. Ce qu’on en voit dépend de l’angle de la lumière plus que de l’espèce.
La queue du corbeau ne fait un losange qu’en vol, la face nue ne se voit qu’aux jumelles
Les rectrices centrales du grand corbeau dépassent les latérales : queue ouverte, l’ensemble dessine un losange net vu de dessous. Celle de la corneille noire est carrée, à peine arrondie au bord, celle du corbeau freux franchement arrondie. C’est le meilleur critère disponible, et il ne vaut plus rien dès que l’oiseau se pose : queue repliée, les trois profils redeviennent identiques. Il lui faut un oiseau en vol, vu par en dessous ou de trois quarts.
Posé, c’est la base du bec qui prend le relais. Celui du grand corbeau est massif, plus long que sa tête, et ses soies noires en couvrent le premier tiers ; chez la corneille noire, le même dispositif en plus court. Chez le corbeau freux adulte, une plaque de peau nue, blanchâtre et granuleuse, entoure la narine et remonte sous la mandibule. À trente mètres aux jumelles, elle ne se discute pas. Sur une photographie de téléphone, elle n’apparaît pas.
Et ce critère tombe la moitié de l’année. Le jeune freux garde la face entièrement emplumée jusqu’au printemps qui suit sa naissance : de juin à février, il passe pour une corneille noire auprès de tout le monde. Les critères qui restent sont tous de forme : culmen plus droit, pointe du bec plus fine, front plus haut, silhouette élancée, culotte de plumes lâches sur les cuisses.
Une corneille niche seule, un corbeau freux en colonie, un grand corbeau sur une paroi
La LPO estime entre 1 et 3 millions les couples nicheurs de corneille noire en France, contre 250 000 à 300 000 pour le corbeau freux, en recul de plus d’un tiers en trente ans. Aucun des deux chiffres ne sort d’un comptage. L’ordre de grandeur suffit : la corneille est l’oiseau par défaut.
Le mode de nidification sépare mieux que le plumage. Un couple isolé de corneille noire tient son territoire, un nid par arbre, et en chasse ses congénères au printemps. Le freux niche en colonies d’une cinquantaine de couples, plusieurs nids par arbre, en plaine sous 500 m d’altitude ; une corbeautière s’entend à trois cents mètres et se compte à vue en mars, arbres nus. Le comptage du 8 mars 2024 sur une colonie du val d’Allier, un observateur, jumelles, a donné 63 nids sur onze peupliers. Le grand corbeau, lui, tient une paroi à deux.
Protégé sur l’ensemble du territoire, le grand corbeau relève de l’article 3 de l’arrêté du 29 octobre 2009 : destruction, capture, perturbation et enlèvement des nids interdits, sauf dérogation. La corneille noire et le corbeau freux sont chassables, et l’arrêté du 3 août 2023 les classait parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts dans 81 et 54 départements. Ce classement a expiré le 30 juin 2026 sans être reconduit.