Reptiles

L'axolotl

L'axolotl mesure 15 à 33 cm, garde ses branchies toute sa vie et refait une patte en trente à quatre-vingt-dix jours. Ce que valent vraiment les chiffres de population de Xochimilco, et pourquoi une seule variété d'axolotl est un animal domestique en France.

Par Marion Delahaye Publié le 14 août 2026 8 min de lecture

Un axolotl de forme sauvage, brun tacheté, posé sur un fond de sable clair, ses trois paires de branchies externes déployées de part et d'autre de la tête.
Ambystoma mexicanumRuben Undheim from Trondheim, Norway, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

L’axolotl est deux animaux, et les confondre fausse tout ce qui suit. Trente-cinq individus par kilomètre carré relevés dans les canaux de Xochimilco en 2014, contre six mille en 1998 : c’est l’espèce sauvage. Des dizaines de milliers de spécimens dans les laboratoires, les animaleries et les aquariums d’Europe, vendus 15 à 35 € pièce : c’est l’autre. Ambystoma mexicanum (Shaw & Nodder, 1798) désigne les deux, et l’abondance du second ne renseigne en rien sur l’état du premier.

Le stock captif n’est pas non plus une réserve de secours. Les lignées européennes descendent d’un lot débarqué en 1864, croisées depuis avec une autre espèce et triées sur la couleur. Ce sont des animaux d’élevage, au même titre qu’un cochon d’Inde.

L’axolotl garde ses branchies et se reproduit sans jamais devenir adulte

Quinze à trente-trois centimètres à maturité, vingt-cinq en moyenne, dix à quinze ans de vie. La particularité tient dans ce qui n’arrive pas : les autres salamandres résorbent leurs branchies, quittent l’eau et prennent une forme terrestre. L’axolotl s’arrête avant. Il se reproduit sous sa forme larvaire. C’est la néoténie, le maintien de caractères juvéniles chez un animal sexuellement mûr.

Trois critères se vérifient sans matériel : trois paires de branchies externes plumeuses de part et d’autre de la tête, une nageoire continue du milieu du dos au bout de la queue, quatre doigts aux pattes avant et cinq aux pattes arrière.

La métamorphose reste possible. Une dose de thyroxine la déclenche en laboratoire, l’animal perd ses branchies, sa peau s’épaissit, il sort de l’eau. Il vit alors cinq ans environ au lieu de quinze. Le mot d’éternelle jeunesse décrit donc l’inverse de ce qui se passe : la forme larvaire est la forme longue, la forme adulte abrège tout.

Une patte repousse en trente à quatre-vingt-dix jours selon la taille de l’animal

Quelques jours après une amputation, un amas de cellules indifférenciées se forme au bout du moignon, le blastème. Il reconstruit os, muscles, nerfs, vaisseaux et peau dans le bon ordre, avec le nombre de doigts d’origine et la pigmentation d’origine. Trente jours chez un jeune de cinq centimètres, deux à trois mois chez un adulte de trente. Aucune cicatrice ne subsiste.

Ce mécanisme ne se limite pas aux membres : queue, moelle épinière, portions de cœur et de cerveau se réparent aussi. Une réserve, que la vulgarisation saute régulièrement : la capacité s’effondre chez un animal métamorphosé, ce qui a orienté toute la recherche vers la forme larvaire.

Le génome de l’espèce, séquencé en 2018, pèse 32 milliards de paires de bases sur 28 chromosomes, dix fois le génome humain.

Le lac Chalco n’existe plus, et il ne reste que les canaux de Xochimilco

L’espèce est régulièrement décrite comme habitant deux lacs mexicains. Chalco a été asséché à la fin du XIXᵉ siècle et n’existe plus comme plan d’eau. Reste le système de canaux et de chinampas de Xochimilco, au sud de Mexico, moins de dix kilomètres carrés de surface occupée, et une eau que la ville dégrade.

Six mille individus par kilomètre carré en 1998, mille en 2003, cent en 2008, trente-cinq en 2014. Ce sont des estimations tirées de captures au filet sur des sites de suivi, pas des comptages exhaustifs, et pas toutes issues du même protocole. Le chiffre de 2014 ferme la série. Il a ensuite été recopié pendant dix ans sans que personne ne le remesure.

L’UNAM a relancé un recensement fin 2024, sur 115 sites de la zone protégée, en combinant pêche traditionnelle et ADN environnemental. Aucun animal capturé au filet lors de la première phase ; l’ADN, lui, a détecté l’espèce. La liste rouge de l’UICN classe l’axolotl en danger critique. C’est la catégorie la plus haute avant l’extinction dans la nature. Les campagnes récentes y capturent moins de cent individus sur toute l’aire. Carpes et tilapias introduits mangent les pontes ; les eaux usées font le reste.

Les axolotls d’Europe descendent de trente-quatre animaux débarqués en 1864

Trente-quatre axolotls vivants arrivent à Paris en 1864, au Jardin zoologique d’acclimatation. Six passent à la ménagerie du Muséum, chez Auguste Duméril. Ils pondent dès l’année suivante : 43 jeunes en 1865, dont quelques-uns se métamorphosent spontanément en salamandres terrestres. Duméril coupe alors des branchies pour comprendre. Les premiers travaux sur la régénération sortent de là.

En 1962, une salamandre tigrée sans mélanine, Ambystoma tigrinum, est capturée dans le Minnesota et croisée avec des axolotls de laboratoire pour obtenir la mutation albinos. Toutes les lignées albinos actuelles en descendent. Le séquençage y retrouve un segment d’ADN de salamandre tigrée, 0,13 % du génome, soixante ans plus tard.

Un axolotl albinos d’animalerie est donc un hybride de laboratoire. La conservation en tient compte : ces animaux-là ne se replacent pas dans un canal de Xochimilco.

En France, seule la variété albinos de l’axolotl est un animal domestique

L’arrêté du 11 août 2006, qui fixe la liste des espèces, races ou variétés d’animaux domestiques, consacre une ligne aux urodèles : « la variété albinos de l’axolotl (Ambystoma mexicanum) ». Une seule variété, pas l’espèce.

Tout le reste relève des espèces non domestiques, donc de l’arrêté du 8 octobre 2018 : forme sauvage brun tacheté, forme mélanique noire, et surtout la forme leucistique, blanc rosé à branchies roses, qui est la plus vendue. Un axolotl leucistique n’est pas albinos, et le critère se lit à l’œil : l’albinos n’a aucun pigment noir, ses yeux sont rouges ou roses ; le leucistique a les yeux noirs.

Conséquence pratique pour les variétés non domestiques : enregistrement de l’animal au fichier national i-fap, par l’éleveur puis par l’acquéreur. Le défaut d’enregistrement est une contravention de 5ᵉ classe, jusqu’à 1 500 € d’amende. L’espèce figure à l’annexe II de la CITES depuis 1975, avec tout le genre Ambystoma.



L’animal coûte 25 €, sa cuve dix fois plus, et la température décide du reste

Le prix en animalerie va de 15 à 35 € selon la variété. L’installation coûte de 180 à 300 €, et elle impose ses contraintes. Cent litres pour un adulte, cent soixante à deux cents pour trois, 80 cm de longueur au minimum, du sable fin plutôt que du gravier.

ParamètreValeur tenueCe qui se passe en dehors
Température12 à 20 °Cau-delà de 23 °C, stress, refus de nourriture, mortalité
pH7 à 7,5déséquilibre des branchies
Nitrites0 mg/Lintoxication rapide
Sablegrains de 1 à 3 mmocclusion intestinale sur du gravier
La contrainte d'été

La température est la difficulté réelle, et elle se pose de juin à septembre. Une pièce à 28 °C amène la cuve au-delà du seuil en quelques heures ; un groupe froid coûte plusieurs centaines d'euros. Les forums de détenteurs français reviennent chaque été sur les pertes liées à la chaleur.

Second contrepoint : l’animal ne se manipule pas, ne reconnaît personne et passe ses journées immobile. Il n’accepte aucun colocataire, poissons compris, qu’il avale ou qui lui mordent les branchies.

Quatre autres urodèles restent larves toute leur vie, dont un en France

L’axolotl n’est pas seul dans ce cas. Quatre autres espèces se reproduisent sous forme larvaire, avec leur catégorie de liste rouge.

EspèceOù elle vitNéoténieStatut UICN
Axolotl, Ambystoma mexicanumcanaux de Xochimilco, Mexiqueobligatoireen danger critique
Achoque, Ambystoma dumeriliilac Pátzcuaro, Mexiqueobligatoireen danger critique
Nécture tacheté, Necturus maculosuslacs et rivières d’Amérique du Nordobligatoirepréoccupation mineure
Protée, Proteus anguinusgrottes karstiques des Balkansobligatoirevulnérable
Triton alpestre, Ichthyosaura alpestrisFrance, dont mares froides d’altitudefacultativepréoccupation mineure

Le triton alpestre se rencontre en France, ce qui rend son cas plus utile que les trois autres. Dans certaines mares froides, des individus atteignent la maturité sexuelle en conservant leurs branchies externes : ils se reproduisent sans s’être métamorphosés, exactement comme un axolotl. Le même phénotype, dans une eau qui ne se réchauffe jamais assez. Ces populations sont protégées par l’arrêté du 8 janvier 2021, et un triton pédomorphe trouvé dans une mare ne se ramasse pas.