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Les animaux en voie de disparition

« Animaux en voie de disparition » recouvre trois catégories de la liste rouge de l'UICN et aucune protection juridique. Les 2 903 espèces menacées en France, groupe par groupe, et le seuil chiffré qui fait basculer une espèce d'une catégorie à l'autre.

Par Marion Delahaye Publié le 6 août 2026 8 min de lecture

Un grand hamster d'Alsace dans un champ de blé moissonné, à l'entrée de son terrier.
Cricetus cricetusStephan Sprinz, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Le 17 janvier 2026, quatorzième comptage hivernal sur le même parcours de gravières du val d’Allier, un observateur, longue-vue, quatre heures : 412 fuligules milouins comptés. Le premier passage de ce parcours, en janvier 2012, en avait donné 1 130. Le fuligule milouin (Aythya ferina) est classé vulnérable sur la liste rouge mondiale depuis 2015 et vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine. Il ne figure sur aucun arrêté de protection.

Vulnérable et non protégé, les deux mentions vont ensemble sans se contredire. « En voie de disparition » est une expression courante, pas une catégorie et pas un statut juridique. Elle recouvre trois classements scientifiques distincts, et elle ne dit rien de ce que la loi autorise à faire de l’animal.

Ce que « en voie de disparition » recouvre, et ce qu’il ne recouvre pas

Trois catégories seulement méritent le mot « menacée » au sens de l’UICN : en danger critique, en danger, vulnérable. Un animal en voie de disparition, dans le langage courant, est une espèce classée dans l’une de ces trois cases. Les fiches qui parlent d’espèce menacée sans dire laquelle des trois donnent une information à peu près vide : entre un effectif inférieur à cinquante individus matures et un déclin de 30 % sur dix ans, il y a deux situations sans rapport. Ni les mêmes moyens, ni le même calendrier.

Restent quatre situations qu’on range à tort dans le même sac, et c’est la moitié du sujet qui manque à peu près partout. Le quasi menacé approche des seuils sans les franchir, et la nuance vaut autant en droit qu’en science. Une espèce rare a toujours été peu nombreuse ; une espèce discrète se détecte mal ; ni l’une ni l’autre ne décline forcément. Quant aux espèces disparues de France, elles vivent ailleurs. L’UICN leur réserve une catégorie séparée, RE, employée sur les listes nationales et régionales et jamais sur la liste mondiale.

Le classement porte sur un risque d’extinction, pas sur un effectif. C’est pour cette raison qu’une espèce de préoccupation mineure peut avoir perdu un tiers de ses individus en vingt ans sans changer de catégorie, tant qu’elle reste au-dessus des seuils.

Les catégories de la liste rouge de l’UICN, du disparu au non évalué

Neuf catégories composent l’échelle mondiale. Sept classent un risque, deux disent que l’évaluation n’a pas conclu. Aucune ne s’appelle « en voie de disparition ».

Elle n'existe plus

EX éteinte

EW éteinte à l'état sauvage

Menacée

CR en danger critique

EN en danger

VU vulnérable

Sous les seuils

NT quasi menacée

LC préoccupation mineure

Aucune conclusion

DD données insuffisantes

NE non évaluée

Le passage d’une catégorie à l’autre se décide sur cinq critères chiffrés, notés A à E, et il suffit d’en remplir un. Le critère A mesure le déclin de la population sur dix ans ou trois générations, la durée la plus longue des deux : 80 % de baisse fait entrer en danger critique, 50 % en danger, 30 % vulnérable. Le critère D compte les individus matures, avec les mêmes trois marches : moins de 50, moins de 250, moins de 1 000. Les trois autres portent sur l’aire de répartition, sa fragmentation, et le résultat d’une analyse quantitative de viabilité.

Une catégorie ne se lit qu’avec le critère qui l’a déclenchée. Un vulnérable obtenu sur un effectif de 900 individus stables et un vulnérable obtenu sur une chute de 35 % en dix ans décrivent deux trajectoires opposées.

Menacée n’est pas protégée : deux listes qui ne se recouvrent pas

La liste rouge est une évaluation scientifique. Elle n’a aucune valeur réglementaire : elle n’interdit rien et ne finance rien. La protection, elle, vient d’arrêtés ministériels qui fixent nommément les espèces concernées : arrêté du 29 octobre 2009 pour les oiseaux, arrêté du 23 avril 2007 pour les mammifères, arrêté du 8 janvier 2021 pour les amphibiens et les reptiles. Ces textes interdisent la destruction, la capture, le transport, et pour beaucoup d’espèces la destruction de leur habitat.

Les deux listes se croisent mal, et les quatre combinaisons se rencontrent. Le lynx boréal est classé en danger en France et strictement protégé. Le fuligule milouin est vulnérable et relève du régime de la chasse. Le loup gris est protégé par un texte européen tout en faisant l’objet de dérogations préfectorales, accordées espèce par espèce et dossier par dossier. Le raton laveur n’est ni menacé ni protégé : il est inscrit sur la liste des espèces exotiques envahissantes du règlement européen 1143/2014, ce qui impose aux États de le réguler.

Une troisième liste décide du commerce : la CITES, qui classe en trois annexes ce qui peut franchir une frontière et à quelles conditions. Le pangolin y figure en annexe I depuis 2017, ce qui interdit tout commerce international à but commercial de ses huit espèces.

Vérifier le statut d’un animal demande donc trois consultations séparées. Une seule ne dit jamais ce qu’on croit qu’elle dit.

Combien d’espèces sont classées, et dans quels groupes

La version 2026.1 de la liste rouge mondiale porte sur 175 909 espèces évaluées, dont 49 505 classées menacées. Près de 1 000 espèces ont été déclarées éteintes ou éteintes à l’état sauvage depuis 1500. En France, le bilan publié le 29 février 2024 recense 17 367 espèces évaluées entre 2008 et 2024, 2 903 menacées et 189 disparues du territoire. Le chantier a pris seize ans.

D’un groupe à l’autre, la part va de 14 à 32 %. En France métropolitaine :

GroupePart des espèces évaluées classées CR, EN ou VU
Oiseaux nicheurs32 %
Crustacés d’eau douce28 %
Reptiles24 %
Amphibiens23 %
Poissons d’eau douce19 %
Orchidées15 %
Mammifères14 %

À l’échelle mondiale, les ordres de grandeur changent : 44 % pour les coraux constructeurs de récifs, 41 % pour les amphibiens, 38 % pour les requins et les raies, 26 % pour les mammifères, 11 % pour les oiseaux.

Ces pourcentages portent sur des espèces évaluées, pas sur des individus et pas sur le vivant entier. À peine 1,1 % des insectes décrits ont été évalués à ce jour. Les groupes évalués en entier, oiseaux, mammifères et amphibiens, donnent des chiffres solides. Ailleurs, un pourcentage bas signifie souvent que personne n’a regardé. La liste rouge mesure ce qu’on a mesuré.

Quatre espèces très citées illustrent chacune un cas différent. L’axolotl est en danger critique dans le seul lac du monde où il vivait. Le béluga et l’orque relèvent de populations comptées séparément, dont certaines sont menacées et d’autres non : le nom de l’espèce ne suffit pas à donner un statut. Le dodo, lui, occupe la case EX depuis le XVIIᵉ siècle.

Par où commencer pour vérifier une espèce soi-même

Trois ressources gratuites suffisent, et l’ordre de consultation compte. L’Inventaire national du patrimoine naturel, l’INPN, donne pour chaque espèce française sa fiche, son statut sur la liste rouge nationale, les arrêtés de protection qui la concernent et sa carte de répartition par maille. Le site de la liste rouge de l’UICN donne l’évaluation mondiale, sa date, le critère retenu et le nom de l’évaluateur. Viennent enfin les listes rouges régionales, publiées par les DREAL et les conseils régionaux. Une espèce peut y être classée en danger tout en restant de préoccupation mineure au niveau national, et l’écart se lit très bien : il dit ce que le territoire a perdu et que le pays n’a pas encore perdu.

Deux réflexes valent plus que les listes elles-mêmes. Une carte de répartition à mailles vides près d’une grande ville et pleines autour d’un village de mille habitants raconte l’histoire d’un observateur qui habite là, pas celle de l’animal. L’absence de donnée n’est pas une donnée d’absence.

Le reste tient en quatre mots, à poser devant n’importe quel effectif rencontré dans un article : combien, comment, quand, par qui. Un chiffre compté existe : quelqu’un est allé sur place, à une date, avec une méthode. L’estimation, elle, sort d’un calcul sur un échantillon, et elle vient toujours avec un intervalle. Reste le chiffre recopié, qui circule d’article en article depuis quinze ans sans que personne sache d’où il sort. Les trois se ressemblent une fois posés sur une page. Seul le premier vaut quelque chose.