Dix-neuf robots tondeuses du commerce ont été lancés contre des cadavres de hérissons, du 23 au 25 mars 2023 dans un hall d’essai suédois et, pour deux d’entre eux, dans un jardin danois en octobre de la même année. Un seul a changé de direction sans toucher l’animal. L’essai refait sur cette machine s’est terminé par un passage sur le corps.
Un robot qui contourne un arbre, un massif ou une chaise de jardin ne contourne pas un hérisson : à cette exception près, jamais reproduite, les dix-neuf machines ont eu besoin de le heurter pour savoir qu’il était là. Ce qui suit le choc dépend du modèle et surtout de la taille de l’animal, et va du coup de pare-chocs sans dégât à la lame dans le corps. Ces valeurs viennent d’un essai publié en janvier 2024 dans la revue Animals, pas d’un relevé de terrain.
| Catégorie | Ce que fait la machine | Ce que devient le hérisson |
|---|---|---|
| 0 | détecte l’animal à distance, change de direction | aucun contact |
| 1 | le touche légèrement du pare-chocs, le détecte, repart | aucun dégât |
| 2 | le pousse ou le retourne pour le détecter | une contusion, au pire |
| 3 | ne détecte rien, monte dessus, le panneau avant se soulève et les lames s’arrêtent | pas de perforation |
| 4 | les lames atteignent l’animal | de la plaie perforante à la décapitation |
L’échelle appliquée aux dix-neuf machines. Une catégorie 4, une seule fois, suffit à faire échouer un modèle au test de sécurité proposé par les auteurs.
Un hérisson ne fuit pas devant un robot, il se met en boule
Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) quitte son abri à la tombée du jour et cherche sa nourriture une bonne partie de la nuit. Une machine programmée entre minuit et six heures travaille dans le créneau d’activité de l’espèce ; une machine programmée à quinze heures ne la rencontre presque jamais.
Cinquante individus vivants ont été placés devant un robot tondeuse dont les lames avaient été retirées, sans qu’aucun contact soit permis. Sept schémas de comportement ont été relevés, et la posture la plus fréquente, dans 43 % des observations, est celle de l’animal dressé sur ses pattes, museau rentré. Les auteurs séparent des individus timides et des individus hardis. La fuite existe. Elle n’est pas la règle.
La mise en boule est une défense contre un prédateur qui mord. Elle vaut contre un renard ou un chien, qui reculent devant les piquants. Devant un objet roulant qui n’a pas de gueule et que les piquants n’arrêtent pas, elle place l’animal dans la seule posture qui ne lui sert à rien : immobile, très bas sur le sol, dans l’axe de la machine.
À une exception près, les machines ont dû toucher l’animal pour le détecter
Ce que ces robots appellent détection est presque toujours un contact. Le pare-chocs avant s’enfonce, un capteur ferme un circuit, ou la consommation du moteur de roue monte quand la machine bute. Dans les trois cas, l’animal a déjà été touché au moment où part l’ordre de changer de direction. La catégorie 1 de l’échelle, celle du simple coup de pare-chocs, décrit un bon résultat, pas un évitement.
Un seul cas de catégorie 0 a été relevé sur l’ensemble des essais. La manipulation a été refaite sur ce modèle : le second passage a donné une catégorie 3, la machine roulant sur le corps. L’hypothèse retenue est que le robot avait contourné un obstacle plus grand, la caméra sur trépied posée pour filmer la scène, et non le hérisson. Une observation unique et non reproduite ne fonde rien, et elle est traitée comme telle dans l’article.
L’analyse statistique a dû écarter une variable de son modèle, la vision par caméra : aucune des dix-neuf machines testées n’en était équipée, et l’effet n’a donc pas pu être mesuré. Les modèles qui se passent de câble périmétrique reposent depuis sur une caméra ou un télémètre, et un robot tondeuse avec caméra et détection des animaux relève d’une génération que le protocole de mars 2023 n’a pas évaluée. Ce qu’une caméra fait devant un animal de sept centimètres de haut, immobile dans l’herbe, demande un essai pour être établi.
Aucune caractéristique technique testée n’a prédit le résultat
Neuf attributs ont été passés au modèle statistique : lames pivotantes ou lames fixes, plaque de protection, capteur de contact, détection par le courant du moteur de roue, capteurs à ultrasons, phares, hauteur de coupe, nombre de roues, traction avant ou arrière. Aucun n’améliore la prévision du risque de blessure par rapport au modèle sans variable. Le seul qui en approche, la traction, va dans le sens d’un risque plus élevé pour les roues arrière motrices, avec un coefficient de 1,27, une erreur type de 0,83 et une valeur p de 0,13. L’écart n’est pas établi.
Ce résultat déplace un conseil tiré du premier essai, publié en 2021, et repris depuis par les fabricants : préférer un modèle à lames pivotantes plutôt qu’à lames fixes. L’essai de 2023 ne comptait que deux machines à lames fixes, l’AL-KO 1150 et la STIHL iMOW 422P, contre dix-sept à lames pivotantes, et la comparaison entre les deux groupes n’a rien donné de net. Le conseil n’est pas démenti par cet essai. Il n’y est pas démontré non plus.
Une variable a compté, et c’est la taille du hérisson. Les petits individus ont été blessés nettement plus souvent que les gros, parce qu’un animal bas passe sous le panneau avant sans le soulever assez pour couper le courant des lames. Les jeunes de l’année, ceux qui pèsent moins de quatre cents grammes à la fin de l’été, sont exactement dans ce cas.
C’est ce constat qui a servi à dessiner un protocole normalisé. Il prévoit deux mannequins, l’un sous quatre cents grammes et sept centimètres de haut, l’autre au-dessus de six cents grammes et dix centimètres, soixante essais chacun, et une règle de lecture nette : une machine reste dans les catégories 0 à 2 ou elle échoue. La proposition est de l’inscrire au protocole du Comité européen de normalisation électrotechnique, avec un étiquetage à la clé. Tant que cette intégration n’est pas acquise, rien sur un emballage ne renseigne l’acheteur là-dessus.
En France, le hérisson est protégé par l’arrêté du 23 avril 2007
L’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire inscrit le hérisson d’Europe à son article 2. Sont interdits en tout temps et sur tout le territoire métropolitain la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement des animaux, ainsi que leur perturbation intentionnelle. Le même article interdit la destruction des sites de repos, ce qui vise le tas de bois ou le tas de feuilles où l’animal passe la journée.
Protégé ne veut pas dire menacé. L’arrêté protège, l’UICN évalue, et les deux registres se lisent séparément. La mise à jour de la liste rouge mondiale publiée le 28 octobre 2024 a fait passer l’espèce de la catégorie « préoccupation mineure » à la catégorie « quasi menacée », deux des sept catégories de la liste rouge, sur la foi de déclins constatés dans plus de la moitié des pays où elle vit. L’évaluation cite le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche, avec des reculs de 16 à 33 % sur dix ans et jusqu’à la moitié des effectifs en Bavière et en Flandre. Ces chiffres sont des estimations tirées de suivis nationaux, obtenues par des méthodes différentes ; elles ne s’additionnent pas.
370 hérissons blessés par des outils de jardin électriques ont été documentés en Allemagne entre juin 2022 et septembre 2023, et près de la moitié n'ont pas survécu. Ce nombre est celui des cas remontés à un appel à signalement. Il décrit ce que ces blessures font aux animaux trouvés, pas ce qu'elles pèsent dans une population.
Le seul réglage qui déplace le risque est l’heure de tonte
Les auteurs de l’essai s’en tiennent à deux consignes, et elles ne dépendent d’aucun modèle : limiter le fonctionnement aux heures de jour, et regarder la pelouse avant de lancer la machine.
La Wallonie a adopté en juillet 2025 un arrêté qui interdit l’usage des robots tondeuses entre 18 heures et 9 heures, avec deux exceptions, l’entretien des terrains de sport et les situations de sécurité publique comme les abords d’aéroports. La recommandation qui accompagne le texte resserre encore le créneau : de deux heures après le lever du soleil à deux ou trois heures avant le coucher.
La tondeuse n’est pas la première cause de mortalité de l’espèce, et l’évaluation de 2024 met en tête la dégradation des habitats ruraux par l’intensification agricole, les routes et l’étalement urbain. Un jardin pèse d’abord par ce qu’il n’offre plus : une haie basse, un tas de feuilles laissé en place, un passage de quinze centimètres sous la clôture qui relie le terrain au suivant. Déplacer la plage horaire d’un robot supprime une cause de blessure. Cela ne change pas la trajectoire d’une population.