Mammifères

Le capybara

Le capybara pèse 35 à 66 kg, ne montre aucune queue et laisse une empreinte à quatre doigts devant, trois derrière. Ce que la réglementation française en dit, ce que sa réputation d'animal placide recouvre, et pourquoi le rongeur vu au bord d'un étang français est un ragondin.

Par Marion Delahaye Publié le 13 août 2026 8 min de lecture

Un capybara immergé jusqu'aux yeux dans une eau calme, seules les narines, les yeux et les oreilles au-dessus de la surface.
Hydrochoerus hydrochaerisGiles Laurent, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Trente-cinq à soixante-six kilos pour 1,06 à 1,34 m de long, et aucune queue visible : Hydrochoerus hydrochaeris (Linnaeus, 1766) est le plus gros rongeur vivant. Le regret tient à ce qui lui est arrivé depuis 2021. On lui a fabriqué un caractère, placide et tolérant, et ce caractère a pris la place de ce qu’on sait de l’espèce.

Le ragondin des rivières françaises partage avec lui l’origine sud-américaine, le mode de vie semi-aquatique et le régime d’herbes et de plantes aquatiques. Il pèse cinq à neuf kilos, il figure sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes, et il est piégé toute l’année. Rien dans la biologie des deux animaux n’explique que l’un soit adoré et l’autre détruit.

Le plus gros rongeur vivant pèse 35 à 66 kg

Les mesures d’adultes capturés donnent 1,06 à 1,34 m de long, 50 à 62 cm au garrot, 35 à 66 kg. Des individus plus lourds existent, surtout en captivité, et ne disent rien de la moyenne. Le corps est en tonneau, les pattes arrière plus longues que les avant, la queue réduite à un moignon de un à deux centimètres.

Vingt dents, dont deux paires d’incisives à croissance continue. Quatre doigts au pied avant, trois au pied arrière : sur un substrat meuble, l’empreinte se lit à ce seul critère.

Le genre compte deux espèces. Le capybara commun occupe presque toute l’Amérique du Sud, le Chili excepté ; le cabiai de Panama, Hydrochoerus isthmius, plus petit, tient l’isthme et le nord-ouest du continent. La liste rouge de l’UICN classe le premier en préoccupation mineure. Cette catégorie porte sur une tendance, pas sur un effectif : elle ne dit pas combien il y en a.

L’eau est une issue de secours, et l’apnée dure cinq minutes

Les yeux, les oreilles et les narines sont alignés en haut du crâne, ce qui laisse l’animal respirer et surveiller en restant immergé. Les doigts portent une palmure partielle. Un adulte tient environ cinq minutes sous l’eau.

L’eau sert d’issue de secours. Jaguar, anaconda vert, caïman à lunettes sur les jeunes : le capybara y va parce qu’il s’y déplace plus vite qu’un félin. Un groupe qui pâture s’écarte peu d’un point d’eau permanent, et la saison sèche resserre les animaux sur ce qui reste.

Le régime est pauvre, herbes et plantes aquatiques, écorces quand l’herbe manque. La digestion se rattrape en deux temps : au matin, l’animal réingère ses crottes molles de la nuit et récupère ainsi les protéines fabriquées par la flore de son cæcum. Même mécanique que chez le lapin. L’espèce ne dépasse pas 1 300 m d’altitude.

Les groupes tiennent 10 à 20 individus, et jusqu’à 100 en saison sèche

Le groupe ordinaire réunit dix à vingt animaux autour d’un mâle dominant, avec plusieurs femelles, les jeunes de l’année et quelques mâles subordonnés en périphérie. Des rassemblements de plus de cent individus se forment aux derniers points d’eau en saison sèche, puis se défont aux pluies. Un groupe tient son domaine plus de trois ans.

La gestation dure environ 150 jours, la portée compte deux à huit petits, quatre en moyenne, sevrés vers trois mois. Les femelles allaitent indifféremment les jeunes du groupe. L’espérance de vie va de six à dix ans dans la nature, jusqu’à douze en captivité.

Le calme qu’on prête à l’espèce est celui d’un herbivore grégaire et très vocal qui garde une sortie à quelques mètres. Surpris loin de l’eau, un capybara aboie, le groupe file, et un adulte acculé mord.

La célébrité du capybara date de fin 2021

Le point de départ est daté. Fin 2021, sur TikTok, des vidéos de capybaras sont montées sur les premières mesures d’After Party, morceau de Don Toliver paru en 2020. Le son devient l’un des plus employés du réseau, le montage passe sur YouTube et Instagram, et l’animal quitte la catégorie du rongeur exotique pour celle des personnages.

Un fait divers argentin a fait le reste. En août 2021, à Nordelta, ensemble de quartiers fermés bâti sur une zone humide à quarante kilomètres de Buenos Aires, des carpinchos ont occupé pelouses et voiries. La municipalité a avancé une population en hausse de 17 % en un an et une projection de 3 000 animaux. Aucun prédateur sur place, et plus de marais non plus : le lotissement s’était installé dans l’habitat de l’espèce, et le mot d’invasion a circulé dans le mauvais sens.

Une forte densité de capybaras précède les cas de fièvre pourprée au Brésil

La fièvre pourprée brésilienne est due à Rickettsia rickettsii et se transmet par la piqûre d’une tique du genre Amblyomma, principalement Amblyomma sculptum. Le ministère brésilien de la santé situe la forme grave dans le Sud-Est et le nord du Paraná.

L’animal amplifie sans tomber malade. L’institut Butantan décrit la mécanique : une capivara piquée par une tique infectée porte la bactérie dans le sang dix à quatorze jours, contamine pendant ce temps jusqu’à un quart des tiques qu’elle héberge, puis devient immune. Non traitée, la maladie tue plus d’un malade sur deux.

Là où la densité de capybaras monte, sur des pelouses irriguées, des berges urbaines, des campus, la population de tiques monte avec elle. Des municipalités de l’État de São Paulo gèrent la première pour contenir la seconde. Là-bas, l’espèce relève du service d’hygiène.

Détenir un capybara en France suppose une autorisation dès le premier animal

L’annexe 2 de l’arrêté du 8 octobre 2018, qui fixe les règles générales de détention des animaux d’espèces non domestiques, porte une ligne « Hydrochaeridés (Capybaras) ». Les deux premières colonnes, détention libre et détention déclarée, y sont sans objet. La troisième, celle de l’autorisation, indique « 1 et plus ».

Le reste en découle mécaniquement. Un seul animal fait des installations un établissement d’élevage au sens de l’article L. 413-3 du code de l’environnement, donc une autorisation préfectorale d’ouverture, et le certificat de capacité de l’article L. 413-2 pour la personne responsable de l’entretien. Le même arrêté interdit d’exposer en vue de la cession, gratuite ou onéreuse, un animal relevant de cette colonne dès le premier spécimen. Une annonce publique de vente de capybara est donc irrégulière avant même la question de l’acheteur.

Le texte range l’espèce chez les Hydrochaeridés, une famille que la classification en vigueur ne retient plus. Les capybaras sont aujourd’hui des Caviidés, avec les cobayes et les maras. Un arrêté de police administrative n’a pas à suivre la systématique, mais l’écart complique la lecture pour qui cherche son animal dans l’annexe.

Le capybara est une espèce de France, mais en Guyane

Le cabiaï, nom guyanais de l’animal, figure parmi les mammifères de Guyane à l’inventaire national du patrimoine naturel. Il y est chassé, sous quota : l’arrêté préfectoral n° 583/DEAL du 12 avril 2011 en autorise deux par personne et par sortie, au même rang que le paca ou le pécari à collier. Les chasseurs guyanais l’appellent aussi cocheau d’eau.

En métropole, le gros rongeur aperçu au bord d’un étang est un ragondin dans la quasi-totalité des cas, un castor d’Europe dans quelques autres.

CapybaraRagondinCastor d’Europe
Masse adulte35 à 66 kg5 à 9 kg15 à 30 kg
Queue1 à 2 cm, invisible25 à 45 cm, cylindriqueplate, large, écailleuse
Doigts4 devant, 3 derrière5 devant, 5 derrière5 devant, 5 derrière
En FranceGuyane seulepartout, espèce exotique envahissantecours d’eau, espèce protégée



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