Marion est rentrée de Locminé un samedi de mars avec un flacon de shampoing et une question. Un lapin était dessiné sur l’étiquette, elle voulait savoir si ça valait quelque chose. On a regardé sur le téléphone entre deux cafés. Quatre minutes, et la réponse était non : ce lapin-là n’était le logo d’aucun programme, c’était un dessin, et la société n’apparaissait dans aucun registre.
Vérifier qu’un cosmétique n’est pas testé sur les animaux ne demande pas plus de cinq minutes, et au bout de ces cinq minutes tu sauras une chose, une seule : le nom de la société inscrite au dos de ton flacon figure, ou ne figure pas, dans un registre public tenu par quelqu’un qui contrôle quelque chose. Oui, non, et la date à laquelle tu as regardé. Ça ne te dit pas si la marque est honnête. Ça te donne la seule chose que tu peux affirmer toi-même, sans dépendre d’une liste recopiée par un inconnu.
Les trois labels de cosmétiques non testés sur les animaux
Ils ne couvrent pas la même chose, et l’écart entre les trois est énorme. Le premier fait auditer par un tiers. Le deuxième fait signer le patron. Le troisième tient une liste d’admission.
| Programme | Ce qu’il demande | Qui contrôle | Ce qu’on consulte |
|---|---|---|---|
| Leaping Bunny | date butoir, suivi documenté des fournisseurs, réengagement annuel | des audits indépendants | l’annuaire et la liste de réengagement |
| PETA, Beauty Without Bunnies | une déclaration signée du dirigeant | rien hors PETA | la base des sociétés, et la base inverse |
| Hase mit schützender Hand (IHTK) | aucun test depuis 1979, aucune vente là où on en exige | la fédération, à l’instruction | la liste positive publiée |
Leaping Bunny est le seul à faire entrer quelqu’un d’extérieur dans l’entreprise. Sa contrepartie : c’est le plus étroit, 2 300 sociétés revendiquées contre 6 300 chez PETA. Une signature de dirigeant coûte moins cher qu’un audit.
Le troisième vient d’Allemagne et traîne dans beaucoup de magasins bio français : un lapin sous une main protectrice, délivré par le Deutscher Tierschutzbund. Sa date butoir n’est pas propre à chaque marque : c’est 1979 pour tout le monde.
Le label français One Voice traîne encore dans la moitié des pages sur le sujet. Il n’existe plus. « En octobre 2022, nous avons fait le choix difficile de mettre un terme à la labellisation One Voice », écrit l’association. L’adresse de son annuaire de marques bascule aujourd’hui sur la page d’accueil.
La vérification, minute par minute
Le piège, c’est de chercher le nom de la gamme. Les registres classent par société, et ce nom-là n’est jamais sur le devant du flacon.
- Retourne le produit et recopie le nom légal, en corps 6 près de l’adresse du fabricant. C’est ça que tu tapes, pas « soin réparateur karité ».
- Interroge les deux annuaires du Leaping Bunny. Le même logo est administré par deux organisations : la CCIC pour les sièges américains et canadiens, Cruelty Free International pour les autres. Une marque absente du premier figure très bien dans le second.
- Vérifie la liste de réengagement de l’année. L’annuaire dit qu’une société a été certifiée. La liste de réengagement dit qu’elle l’est encore. Deux pages, et c’est la seconde qui tranche.
- Chez PETA, lis la mention et pas le logo. Deux coexistent : « Animal Test-Free » et « Animal Test-Free and Vegan ». Le mot vegan parle des ingrédients, cire d’abeille et carmin, pas des tests. Un produit peut être vegan et testé.
- Écris la ligne, et garde-la. Nom légal, programme, année de réengagement, date à laquelle tu as regardé. Sans ça, dans six mois tu ne sauras plus ce que tu as vérifié.
Coche ce que tu as trouvé.
Ce qui fait rater la vérification
Trois situations, et ce sont toujours les mêmes.
Le vide, d’abord. Une savonnerie de six personnes dans le Finistère n’apparaît dans aucun des trois registres, et ça ne dit rien de ce qu’elle fait. Monter un dossier de certification demande du temps de bureau et de l’argent, que ces maisons-là n’ont pas.
Le groupe, ensuite. Garnier a obtenu la certification Leaping Bunny le 9 mars 2021 auprès de Cruelty Free International, après dix-huit mois d’instruction, des attestations de plus de 500 fournisseurs portant sur plus de 3 000 ingrédients, et l’arrêt de ses ventes en Chine. Garnier appartient à L’Oréal, qui n’est pas certifié. Les deux sont vrais en même temps : un certificat porte sur une société et sa chaîne d’approvisionnement, jamais sur son actionnaire. Une marque rachetée le garde tant qu’elle continue de s’approvisionner de son côté.
Et la mention imprimée. « Non testé sur les animaux » écrit par le fabricant sur son propre carton n’engage que lui, et le règlement européen ne l’autorise même pas. Ça explique que la question se pose encore, et que la liste des marques testées sur les animaux soit plus intéressante à lire du côté du placard du chien que de la salle de bains.
Chez moi, la ligne est au crayon à l’intérieur de la porte du placard de la salle de bains. Trois noms, trois dates. Je ne rouvre le dossier que si l’une des trois change de mains.